Le site paraît idéal : plusieurs hectares déjà terrassés, peu de voisins, un paysage qui cache les bâtiments, une roche qui reste fraîche toute l'année. Avec le zéro artificialisation nette et la course au foncier, les anciennes carrières, mines et cavités attirent de plus en plus de porteurs de projets. Des data centers souterrains fonctionnent déjà, en France comme à l'étranger. Mais la plupart des projets de ce type échouent sur trois points, qui n'ont rien à voir avec le charme du site.

VOTRE SITUATION RESSEMBLE À L'UNE DE CELLES-CI ?

Xavier WatrelosXavier Watrelos
Raccordement HTB & projets industriels
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1. CE QUE MONTRENT LES SITES EXISTANTS

Cinq sites, cinq cas différents Scaleway DC4, Paris 15e. Un abri de défense passive construit en 1937-1939 sous le laboratoire des Ponts et Chaussées, au-dessus d'une carrière du XVIIe siècle de 26 m de profondeur. Acquis par Online (aujourd'hui Scaleway) en 2012, il accueille un service d'archivage depuis 2016 et une zone de disponibilité cloud depuis 2021.

Décima, Arras. Une poudrière de 1682 dans la citadelle Vauban, ouverte comme data center en 2014 (environ 2 M€ HT, 100 m² de salle). Refroidissement par une eau puisée à 40 m, autour de 10 à 11 °C, rejetée à 17 °C au plus.

BigNuage, Saumurois. Un projet de 200 MW annoncé en mai 2026 dans des galeries creusées dans le tuffeau, à une douzaine de degrés toute l'année. Site tenu secret, investisseur non nommé, travaux annoncés pour septembre 2026.

Lefdal, Norvège. Une ancienne mine d'olivine de 75 salles souterraines, en service depuis 2017, refroidie par l'eau d'un fjord de 565 m de profondeur et alimentée par l'hydroélectricité.

Iron Mountain WPA-1, Pennsylvanie. Une ancienne mine de calcaire à environ 67 m sous terre, 15,5 MW, refroidie grâce à un réservoir d'eau souterrain d'une quarantaine d'hectares.

Ces exemples ne sont pas interchangeables. Un abri militaire, une poudrière, des galeries de tuffeau, une mine norvégienne et une mine de calcaire américaine n'ont ni la même géologie, ni la même taille, ni le même accès à l'électricité. Les sites qui fonctionnent sont surtout de petite ou moyenne puissance, ou bénéficient d'une ressource exceptionnelle, comme l'eau froide et l'hydroélectricité de Lefdal. BigNuage, à 200 MW, serait d'une tout autre échelle : c'est un projet à suivre, pas encore une preuve.

2. LES TROIS POINTS QUI FONT ÉCHOUER LES PROJETS

La puissance raccordable. C'est le premier verrou, et le plus souvent sous-estimé. Une carrière est rarement à côté d'un poste électrique dimensionné pour plusieurs dizaines de mégawatts. 5 MW, 20 MW et 200 MW ne relèvent pas du même gestionnaire de réseau, ni des mêmes délais : au-delà de quelques dizaines de MW, la demande va à RTE, dans un contexte où près de 18 GW de demandes de data centers étaient déjà signées en mai 2026. Aucun avantage thermique ne compense un raccordement à sept ans.

Le statut du site. Une carrière est une installation classée. Son arrêté préfectoral fixe l'obligation de remise en état et l'usage futur du site, avec des garanties financières à la clé. Une mine relève du code minier : après l'arrêt des travaux, des risques résiduels d'affaissement peuvent subsister et faire l'objet de servitudes. Avant de parler d'achat, il faut savoir où en est la procédure de fin d'exploitation, qui en porte la responsabilité, et si un data center est compatible avec l'usage prévu et le plan local d'urbanisme.

La géologie et l'accès. Piliers fragilisés, fractures, remblais, venues d'eau : la stabilité doit être démontrée par une étude géotechnique. Les planchers doivent porter des baies, des batteries et des groupes froids, et il faut pouvoir faire entrer, puis remplacer, des transformateurs et des groupes électrogènes pendant toute la vie du site. Une galerie conçue pour extraire de la pierre ne l'a pas été pour ça.

3. LES ATOUTS, À DÉMONTRER AU CAS PAR CAS

La sobriété foncière. Réutiliser un site déjà artificialisé est un vrai argument, à condition de vérifier que la carrière n'est pas devenue un milieu naturel de valeur : plans d'eau, fronts rocheux colonisés, chauves-souris dans les galeries. Toutes les espèces de chauves-souris sont protégées en France.

Le refroidissement. Une roche à température stable et une eau souterraine peuvent réduire le besoin de froid mécanique. Mais le sous-sol ne fait pas disparaître la chaleur : il faut toujours l'évacuer. Voir notre article sur le refroidissement par l'eau d'une carrière ou d'une mine.

La protection physique. Un site enterré est moins exposé aux intempéries et aux intrusions. En contrepartie, l'incendie, la ventilation et l'évacuation y sont plus difficiles à gérer : voir data center souterrain : incendie, évacuation, ventilation.

4. LA MÉTHODE : UN DIAGNOSTIC AVANT TOUT INVESTISSEMENT

L'erreur classique consiste à choisir un site pour ses surfaces, puis à découvrir que le raccordement ou la géologie le rendent irréalisable. Le diagnostic se fait dans l'ordre inverse :

Grille de présélection d'une carrière ou d'une mine 1. Électricité et fibre : puissance disponible, poste le plus proche, gestionnaire de réseau, délais réalistes
2. Statut du site : arrêté préfectoral, remise en état, usage futur, responsabilités, plan local d'urbanisme
3. Géologie et accès : stabilité, portance, venues d'eau, circulation des équipements lourds
4. Refroidissement : ressource en eau, circuit fermé ou ouvert, règles de prélèvement et de rejet
5. Environnement et voisinage : biodiversité, nappes, pollution historique, acceptabilité locale
6. Économie : coût de mise en sécurité, de raccordement et d'aménagement, comparé à un terrain classique

Les deux premiers points éliminent la majorité des sites en quelques semaines, pour un coût sans commune mesure avec une étude géotechnique complète. Le guide publié par la Direction générale des Entreprises en novembre 2025, qui recense 63 sites favorables aux data centers en France, met d'ailleurs le raccordement et le foncier en tête des critères.

Voir aussi notre accompagnement foncier, friche ou terrain nu : la stratégie de Nebius et, pour les élus, ce qu'une commune doit vérifier avant de dire oui.

Sources : Scaleway, historique de l'abri Lefebvre (DC4) ; Techniques de l'Ingénieur, « Datacenter : voyage au centre de la Terre » (5 mai 2026) ; Réseau des sites majeurs Vauban, « Un pôle numérique en lieu sûr » ; DCmag (20 mai 2026), Clubic (18 mai 2026) et DatacenterDynamics (4 mars 2026) sur le projet BigNuage ; ABB, communiqué sur Lefdal Mine Datacenter ; Iron Mountain, fiche du site Western Pennsylvania (WPA-1) ; Direction générale des Entreprises, guide sur l'implantation des centres de données (28 novembre 2025) ; code de l'environnement (installations classées, rubrique 2510 des carrières) ; code minier ; RTE, données de mai 2026. Les chiffres cités sont ceux publiés par les exploitants ou la presse spécialisée ; ils n'ont pas été vérifiés sur site par GridReadiness. Cet article est une information générale, pas un avis juridique.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Peut-on installer un data center dans une ancienne carrière ?

Oui, des exemples existent en France et à l'étranger. Mais la faisabilité dépend d'abord de la puissance électrique raccordable, du statut réglementaire du site (remise en état, usage futur) et de sa géologie, avant l'avantage thermique.

Un data center souterrain consomme-t-il moins d'énergie ?

Pas automatiquement. Une roche fraîche et une eau souterraine peuvent réduire le besoin de froid mécanique, mais la chaleur doit toujours être évacuée. Le gain se démontre par une étude thermique, pas par la seule température du sous-sol.

Quel est le principal frein à la reconversion d'une carrière en data center ?

Le plus souvent, le raccordement électrique : une carrière est rarement proche d'un poste capable de fournir plusieurs dizaines de mégawatts dans des délais raisonnables.

Que faut-il vérifier avant d'acheter une ancienne carrière pour un data center ?

La puissance disponible et les délais de raccordement, l'arrêté préfectoral de la carrière (remise en état, usage futur, responsabilités), la compatibilité avec le plan local d'urbanisme, puis la géologie et la ressource en eau.