Aux États-Unis, l'attente pour se raccorder au réseau pousse de plus en plus de développeurs à construire leur propre centrale à côté du data center. Une étude de Cleanview publiée en 2026 recense 59 projets de ce type, pour environ 90 GW annoncés, soit plus d'un quart de la capacité de data centers prévue dans le pays. 92 % de ces projets ont été annoncés depuis début 2025. La question arrive maintenant en France : peut-on, et doit-on, faire de même ?
VOTRE SITUATION RESSEMBLE À L'UNE DE CELLES-CI ?
1. CE QUI SE PASSE AUX ÉTATS-UNIS
Faute de turbines à cycle combiné disponibles, les développeurs utilisent ce qu'ils trouvent : groupes au gaz montés sur camions, turbines dérivées de l'aviation, moteurs à pistons, turbines d'occasion. Le rendement passe au second plan : mettre un data center en service quelques années plus tôt vaut bien plus que le surcoût de combustible.
Environ 2 GW en fonctionnement à la mi-2026, soit à peine plus de 2 %
36 % de la capacité dispose d'un permis, 60 % n'existe qu'à l'état d'annonce
Source : Cleanview, 2026
Le frein principal n'est pas l'équipement, ce sont les autorisations. Au Nouveau-Mexique, le refus d'un gazoduc a mis en difficulté le projet Stargate d'Oracle (voir notre analyse). Dans le New Jersey, un permis d'émissions tarde pour une centrale au gaz de 400 MW destinée à un data center.
2. POURQUOI LA LOGIQUE SE TRANSPOSE MAL EN FRANCE
Le réseau français est bas carbone. Remplacer une électricité majoritairement nucléaire et renouvelable par du gaz brûlé sur site dégrade fortement le bilan carbone du data center, et ses indicateurs pour les clients et les financeurs.
Une centrale sur site est une installation classée. Les installations de combustion relèvent de la déclaration, de l'enregistrement ou de l'autorisation selon leur puissance thermique ; au-delà de 50 MW thermiques, c'est l'autorisation environnementale, avec étude d'impact et enquête publique. Voir les autorisations d'un data center.
Au-delà de 20 MW thermiques, le système européen de quotas carbone s'applique. Chaque tonne de CO2 émise se paie, ce qui pèse lourd sur une centrale qui fonctionne en continu. Les installations de combustion moyennes sont aussi soumises à des valeurs limites d'émissions.
Le gaz doit arriver. Une centrale de plusieurs dizaines de MW suppose un raccordement au réseau de gaz, avec ses propres délais et autorisations.
L'acceptabilité locale. Une centrale thermique, avec son bruit et ses rejets, change la perception d'un projet par les riverains et les élus. Les contestations recensées dans notre observatoire portent déjà sur l'eau, le bruit et l'énergie.
3. QUAND LA PRODUCTION SUR SITE A DU SENS EN FRANCE
En solution temporaire, pour démarrer avant l'arrivée du raccordement définitif, sur une durée limitée et avec un cadre d'autorisation clarifié en amont.
En appoint, combinée à un raccordement au réseau : stockage par batteries, solaire, ou production pilotable pour passer les pointes. Voir les projets hybrides et la différence entre onduleur et BESS.
Avec d'autres technologies, comme les piles à combustible, dont le cadre et l'économie restent à étudier au cas par cas (voir notre article sur les piles à combustible).
Dans tous les cas, la question se pose au moment du choix du site et de la demande de raccordement, pas une fois le calendrier dépassé. Et en France, la voie principale reste le réseau : la loi de mai 2026 permet au ministre de demander à RTE de réserver de la capacité pour les très grands projets (voir le statut PINM).
Sources : Cleanview, « Bypassing the Grid: How Data Center Developers Are Building Their Own Power Plants », 2026 (59 projets, environ 90 GW) ; nomenclature des installations classées (rubrique 2910 et rubriques associées) ; directive 2003/87/CE sur le système d'échange de quotas d'émission (installations de combustion de plus de 20 MW thermiques) ; directive (UE) 2015/2193 sur les installations de combustion moyennes ; RTE, données de mai 2026. Les seuils et régimes sont à vérifier dans les textes en vigueur pour chaque configuration. Cet article est une information générale, pas un avis juridique.
QUESTIONS FRÉQUENTES
Un data center peut-il produire sa propre électricité en France ?
Oui, mais une centrale de combustion sur site est une installation classée, soumise à déclaration, enregistrement ou autorisation selon sa puissance, et au système européen de quotas carbone au-delà de 20 MW thermiques. C'est un projet énergétique à part entière.
Pourquoi les data centers américains construisent-ils leurs propres centrales ?
Parce que l'attente de raccordement au réseau y est très longue et que mettre un data center en service plus tôt rapporte beaucoup. Mais selon Cleanview, seuls environ 2 GW sur 90 GW annoncés fonctionnaient à la mi-2026, en raison notamment des autorisations.
La production sur site est-elle intéressante en France ?
Surtout comme solution temporaire en attendant le raccordement, ou en appoint. Comme base permanente, elle dégrade le bilan carbone par rapport au réseau français et cumule les autorisations.
Faut-il quand même un raccordement au réseau ?
Dans la grande majorité des cas, oui : pour la sécurité d'alimentation, pour la puissance définitive et pour la valeur de l'actif. La production sur site vient en complément ou en attente.
