« Un data center va-t-il prendre notre eau ? » C'est l'une des premières questions posées lors des réunions publiques. La réponse dépend moins des chiffres nationaux que de trois éléments locaux : la technique de refroidissement, l'origine de l'eau et l'état de la ressource à l'endroit du projet.

VOTRE SITUATION RESSEMBLE À L'UNE DE CELLES-CI ?

Francis GillardFrancis Gillard
Conception & audit de data centers
Blandine CazellesBlandine Cazelles
Communication de crise & affaires publiques
Toutes les situations →

1. CE QUE CONSOMMENT LES DATA CENTERS EN FRANCE

Les chiffres de l'Arcep (données 2024, publiées en mai 2026) 575 000 m³ d'eau prélevés par les centres de données, en quasi-totalité de l'eau potable
Un volume revenu à un niveau proche de 2022, après une hausse exceptionnelle en 2023 liée à des travaux sur des sites anciens
Une consommation d'électricité des opérateurs en hausse de 12 % sur l'année

À l'échelle du pays, ce volume reste modeste. Mais une moyenne nationale ne dit rien d'un site donné : un grand data center refroidi par évaporation, installé sur une ressource déjà tendue en été, peut peser localement. C'est ce point que les élus et les riverains ont raison de vérifier.

2. LES RÈGLES QUI S'APPLIQUENT

Si le site est alimenté par le réseau d'eau potable, ce qui est le cas de la grande majorité, la question se règle d'abord avec le service des eaux : capacité du réseau, contrat, et respect des restrictions décidées par le préfet en période de sécheresse.

Si le site prélève lui-même dans une nappe ou un cours d'eau, la loi sur l'eau s'applique. En dessous de 1 000 m³ par an, le prélèvement est assimilé à un usage domestique. Au-delà, la nomenclature fixe les seuils :

Seuils de la loi sur l'eau Eaux souterraines : déclaration au-delà de 10 000 m³ par an, autorisation à partir de 200 000 m³ par an
Cours d'eau et nappes d'accompagnement : déclaration de 400 à 1 000 m³ par heure (ou 2 à 5 % du débit), autorisation au-delà

Les tours de refroidissement par évaporation relèvent par ailleurs de la réglementation des installations classées, notamment pour la prévention de la légionellose.

Le permis de construire. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 permet à l'administration de refuser le permis d'un data center implanté sur un territoire connaissant des « tensions structurelles sur la ressource en eau ». C'est une faculté, pas une interdiction, et la notion n'est pas définie par le texte. Le Conseil d'État avait déjà admis, en décembre 2025, qu'un maire puisse refuser un permis pour insuffisance de la ressource en eau.

La transparence. Les data centers de plus de 500 kW déclarent déjà leur consommation d'eau dans la base européenne, avec leurs autres indicateurs. Voir l'étiquette européenne des data centers.

3. CE QUI FAIT VARIER LA CONSOMMATION

Les refroidisseurs secs (dry coolers) et les circuits fermés consomment très peu d'eau, mais davantage d'électricité. Les systèmes adiabatiques ou évaporatifs économisent de l'électricité, mais consomment de l'eau, surtout pendant les épisodes de chaleur, au moment où la ressource est la plus rare. Le choix est donc un arbitrage entre eau et électricité, qui doit être expliqué, chiffré et assumé.

4. UNE QUESTION SOUVENT POSÉE : L'EAU « INDIRECTE »

La production d'électricité, notamment nucléaire, prélève et évapore aussi de l'eau. Elle n'est pas comptée dans la consommation déclarée des data centers. Certains plaident pour l'intégrer à leur empreinte, d'autres rappellent que cette eau sert à produire l'électricité de tous les usages, et que l'imputer au seul data center pose des questions de méthode. Le débat est légitime ; il gagne à s'appuyer sur des chiffres sourcés.

5. LES QUESTIONS À POSER À UN PORTEUR DE PROJET

Pour les élus, les riverains et les financeurs Quel volume d'eau par an, et surtout en pointe, en plein été ?
D'où vient l'eau : réseau public, forage, cours d'eau ?
Quelle technique de refroidissement, et pourquoi ce choix ?
Que se passe-t-il en cas d'arrêté sécheresse : le site peut-il fonctionner sans eau ?
L'eau sera-t-elle réutilisée, et la chaleur fatale valorisée ?
Les consommations réelles seront-elles publiées chaque année ?

Un projet qui répond clairement à ces questions avant la concertation évite la plupart des contestations sur ce sujet. Voir aussi la chaleur fatale pour les collectivités et notre observatoire des contestations.

Sources : Arcep, enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », édition 2026 (données 2024), 21 mai 2026 ; loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, article 35, et commentaires des cabinets Gossement Avocats et Kohen Avocats ; nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (rubriques 1.1.2.0 et 1.2.1.0). Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Combien d'eau consomment les data centers en France ?

Selon l'Arcep, 575 000 m³ d'eau ont été prélevés par les centres de données en 2024, en quasi-totalité de l'eau potable. Le volume local d'un site dépend surtout de sa technique de refroidissement.

Un data center est-il soumis à la loi sur l'eau ?

Oui s'il prélève lui-même dans une nappe ou un cours d'eau au-delà des seuils de la nomenclature : déclaration au-delà de 10 000 m³ par an en eaux souterraines, autorisation à partir de 200 000 m³ par an. S'il est alimenté par le réseau public, la question se règle avec le service des eaux.

Peut-on refuser un data center pour manque d'eau ?

Oui. La loi du 26 mai 2026 permet de refuser le permis de construire d'un data center sur un territoire connaissant des tensions structurelles sur la ressource en eau. C'est une faculté laissée à l'administration, pas une interdiction automatique.