Un data center transforme presque toute l'électricité qu'il consomme en chaleur. Pendant longtemps, cette chaleur a été rejetée dans l'air. Depuis le 1er janvier 2026, un data center de plus de 1 MW doit la valoriser, sauf à démontrer que ce n'est pas possible. Pour une commune, une intercommunalité ou un opérateur de réseau de chaleur, c'est une ressource à négocier en amont, au moment où le projet se dessine, et pas une fois le bâtiment construit.

VOTRE SITUATION RESSEMBLE À L'UNE DE CELLES-CI ?

Geoffrey GarrigaGeoffrey Garriga
Conformité énergétique & fluides
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1. CE QUE DIT LA LOI DEPUIS 2026

L'obligation. La loi du 30 avril 2025, qui transpose la directive européenne sur l'efficacité énergétique, a créé l'article L. 236-2 du code de l'énergie : les data centers d'une puissance installée d'au moins 1 MW doivent valoriser leur chaleur fatale. Un décret du 29 décembre 2025 en fixe les modalités, applicables depuis le 1er janvier 2026.

Le critère. Un data center est réputé respecter l'obligation si son ERF (Energy Reuse Factor, la part de l'énergie réutilisée hors du site) atteint au moins 0,20. Un arrêté peut porter ce seuil à 0,40.

La dérogation. L'exploitant peut y échapper si une analyse coûts-avantages montre que les conditions techniques et économiques ne le permettent pas. Il doit alors valoriser la part qui reste acceptable. Cette analyse doit accompagner la demande de permis de construire. Pour les permis déposés avant le 1er janvier 2026, elle doit être transmise au plus tard le 1er octobre 2027.

Les sanctions. Mise en demeure, puis amende administrative pouvant atteindre 50 000 euros par data center, avec publication possible. S'y ajoute, dès 500 kW, l'obligation de déclarer chaque année avant le 15 mai les performances énergétiques du site dans la base européenne.

Ce que la loi ne fait pas. La valorisation de la chaleur n'est pas une condition de délivrance du permis. Une proposition sénatoriale allait dans ce sens, mais la disposition a été retirée. En pratique, un dossier qui documente le sujet, avec un preneur de chaleur identifié, est mieux reçu.

2. POURQUOI C'EST PLUS COMPLIQUÉ QU'IL N'Y PARAÎT

La température. La chaleur d'un data center refroidi par air sort souvent autour de 25 à 35 °C, un peu plus chaude avec le refroidissement liquide des serveurs d'IA. C'est trop froid pour la plupart des réseaux de chaleur existants, qui fonctionnent à plus haute température. Il faut des pompes à chaleur pour la remonter, qui consomment elles-mêmes de l'électricité, ou un réseau conçu pour basse température.

Les saisons. Un data center produit de la chaleur toute l'année, de façon assez constante. Un réseau de chaleur en a surtout besoin l'hiver. Sans usage d'été (eau chaude, piscine, process industriel) ou sans stockage, une partie de la chaleur reste perdue.

La distance. Chaque kilomètre de canalisation coûte cher. Un data center installé loin de tout preneur de chaleur aura du mal à justifier un ERF de 0,20, et l'analyse coûts-avantages le montrera.

Qui paie et pour combien de temps. La pompe à chaleur, l'échangeur, la canalisation : quelqu'un doit investir. Le contrat de fourniture de chaleur doit tenir sur la durée d'amortissement du réseau, alors qu'un data center peut changer d'exploitant ou de clients. Et si le data center s'arrête, le réseau doit pouvoir continuer à chauffer.

3. L'EXEMPLE DE MILAN

À Milan, l'énergéticien A2A a commandé au cabinet Arup une étude pour intégrer les futurs data centers à son système énergétique. L'étude a repéré les zones favorables à leur implantation, les a croisées avec les réseaux et les centrales d'A2A, puis a étudié trois secteurs en détail. Résultat annoncé : une extension de 154 km du réseau de chaleur permettrait de récupérer environ 674 GWh de chaleur par an, l'équivalent du chauffage de plus de 6,6 millions de m² de logements.

Ce qui compte n'est pas le chiffre, c'est la démarche. L'énergéticien n'a pas attendu qu'un développeur vienne le voir. Il a cherché où les data centers auraient le plus de valeur pour son réseau, et il a préparé un cadre d'autorisation pour les projets à venir. L'étude a aussi regardé comment ses propres centrales pouvaient alimenter des data centers là où le réseau électrique est contraint.

En France, l'ADEME estimait le gisement de chaleur récupérable des data centers à 1,8 TWh en 2024, et entre 4 et 13 TWh à l'horizon 2035. La question n'est plus de savoir s'il y a de la chaleur à récupérer, mais qui s'organise pour la récupérer.

4. LES QUESTIONS À POSER À UN PROJET

Une collectivité ou un opérateur de réseau de chaleur qui voit arriver un data center peut demander, dès les premiers échanges :

Les questions à poser sur la chaleur Quelle puissance thermique disponible, et à quelle température ?
Quel profil : constant toute l'année, ou variable selon la montée en charge du site ?
Quel calendrier de montée en puissance, phase par phase ?
L'analyse coûts-avantages a-t-elle été faite, et sur quelles hypothèses de distance et de preneur ?
Qui finance la pompe à chaleur, l'échangeur et la canalisation jusqu'au réseau ?
Quelle durée d'engagement, et que se passe-t-il si le site change d'exploitant ou s'arrête ?
Le terrain réserve-t-il la place pour l'échangeur et le raccordement au réseau de chaleur ?

Ces questions vont avec celles sur le réseau électrique et sur l'eau. Un data center qui valorise sa chaleur avec des pompes à chaleur consomme un peu plus d'électricité, et la capacité du réseau électrique local reste souvent la première contrainte. Voir à ce sujet ce que les élus doivent vérifier sur le réseau électrique.

5. ANTICIPER PLUTÔT QUE SUBIR

La meilleure position pour une collectivité n'est pas d'attendre le dépôt du permis. C'est de savoir à l'avance où un data center serait utile à son territoire : près d'un réseau de chaleur existant ou en projet, près de bâtiments qui consomment de la chaleur toute l'année, là où le réseau électrique peut suivre. Ce travail de repérage est celui qu'a fait Milan. Il permet ensuite de dire oui plus vite aux bons projets, et d'expliquer aux habitants ce que le territoire y gagne.

Pour un porteur de projet, c'est l'inverse qui vaut : arriver avec un preneur de chaleur identifié et une analyse coûts-avantages sérieuse est aujourd'hui l'un des meilleurs arguments auprès des élus. Voir aussi les autorisations d'un data center et notre accompagnement des collectivités.

Sources : directive (UE) 2023/1791 relative à l'efficacité énergétique ; loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 (DDADUE) ; code de l'énergie, articles L. 233-5, L. 236-1, L. 236-2, L. 236-3 et R. 237-1 et suivants ; décret n° 2025-1382 du 29 décembre 2025 ; code de l'urbanisme, article R. 431-16 ; ADEME, janvier 2026, cité par DCmag le 5 mai 2026 ; Arup, étude pour A2A Calore e Servizi (Milan), 2026. Les arrêtés d'application (seuil de distance, relèvement éventuel du seuil d'ERF) sont à vérifier dans leur version en vigueur. Cet article est une information générale, pas un avis juridique.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Un data center est-il obligé de valoriser sa chaleur ?

Oui, depuis le 1er janvier 2026, s'il a une puissance installée d'au moins 1 MW (article L. 236-2 du code de l'énergie). Il est réputé conforme avec un ERF d'au moins 0,20. Il peut déroger à ce seuil si une analyse coûts-avantages montre que ce n'est pas réalisable techniquement et économiquement.

Qu'est-ce que l'ERF ?

L'Energy Reuse Factor mesure la part de l'énergie consommée par le data center qui est réutilisée à l'extérieur du site, par exemple dans un réseau de chaleur. Un ERF de 0,20 signifie que 20 % de l'énergie est réutilisée.

La valorisation de la chaleur conditionne-t-elle le permis de construire ?

Non. L'analyse coûts-avantages doit accompagner la demande de permis, mais la valorisation n'est pas une condition de délivrance. Un dossier qui la prévoit concrètement est en revanche mieux accueilli par les élus.

Une collectivité peut-elle imposer un raccordement au réseau de chaleur ?

Pas directement par le permis. Elle peut en revanche négocier en amont, orienter les projets vers les zones proches d'un réseau, et s'appuyer sur les obligations du code de l'énergie et, le cas échéant, sur le classement de son réseau de chaleur. Un avis juridique est recommandé selon la situation.