Le problème. Sur le dossier de vente, l'usine « dispose de 10 MW ». Le transformateur est encore dans la cour. Mais le futur exploitant d'un data center ne veut pas savoir ce que l'usine consommait : il veut savoir combien de baies il pourra alimenter, et à partir de quand. Entre les deux, il y a des règles de raccordement, un gestionnaire de réseau et souvent des travaux. Une friche fait gagner du temps seulement si sa puissance est encore là.

10 MVA, 10 MW OU 7 MW INFORMATIQUES ?

Trois chiffres que l'on confond souvent La plaque du transformateur (par exemple 10 MVA) : la puissance apparente nominale d'un équipement, pas une puissance garantie par le réseau
La pointe de l'ancienne usine (par exemple 10 MW) : ce qu'elle a appelé à un moment donné, avec un profil souvent très différent d'un data center qui tourne en continu
La puissance informatique : ce qui reste pour les serveurs. Avec 10 MW confirmés en continu et un PUE de 1,30, il reste environ 7,7 MW, à vérifier ensuite au jour le plus chaud et avec un équipement en maintenance

Voir aussi 100 MW, mais de quoi ?.

CE QUE DEVIENT LA PUISSANCE D'UN SITE À L'ARRÊT

Depuis le 1er août 2025, chez RTE comme chez Enedis, la puissance de raccordement d'un site raccordé depuis au moins cinq ans est ramenée chaque année à 125 % du maximum qu'il a réellement consommé sur les cinq dernières années, sans dépasser sa puissance en vigueur. Une usine qui tourne au ralenti, puis s'arrête, voit donc sa puissance de raccordement diminuer d'année en année. À cela s'ajoutent la résiliation des contrats d'accès et, parfois, la dépose ou la réaffectation des ouvrages.

En pratique, plus l'arrêt est ancien, moins les mégawatts historiques sont garantis. Seule une réponse écrite du gestionnaire de réseau dit ce qui reste mobilisable. Voir le glossaire du raccordement.

LES DOCUMENTS À RÉUNIR, IDÉALEMENT AVANT LA FERMETURE

Ce que l'industriel ou le vendeur doit retrouver La convention de raccordement et ses avenants : puissance de raccordement, tension, schéma d'alimentation
Les contrats d'accès au réseau et la puissance souscrite
Les relevés de consommation des dernières années, en particulier les pointes
Les caractéristiques du poste de livraison et des transformateurs, et leur état
Une autorisation écrite permettant au repreneur d'interroger le gestionnaire de réseau

Le meilleur moment pour préparer une reconversion est souvent celui où l'industriel prépare la fermeture : il connaît encore son installation, dispose des contrats et peut organiser l'accès des ingénieurs.

LA RÉPONSE À OBTENIR DU GESTIONNAIRE DE RÉSEAU

Une réponse écrite et chiffrée : la puissance soutirable pour le nouvel usage, la date à laquelle elle est disponible, les éventuelles limitations, les travaux nécessaires et leur coût. Si le gestionnaire confirme 4 MW sur 10, ce sont ces 4 MW qui ont une valeur dans le prix ; les 6 autres restent une hypothèse d'extension. Payer une prime pour des « MW immédiats » non confirmés revient à payer le vendeur pour une décision qui appartient à un tiers.

LES COÛTS QU'UNE VISITE NE MONTRE PAS

Dépollution des sols sous le futur poste, amiante en toiture, démolitions, permis, prolongement d'une ligne électrique, fibre à amener : ces postes peuvent absorber le temps gagné. À Marseille, le projet MRS5 sur l'ancien silo à sucre a ainsi nécessité la démolition du silo et le prolongement d'une ligne enterrée de 20 000 volts depuis une sous-station existante, d'après l'avis de l'autorité environnementale. Voir aussi Béthune : le bâtiment en dix mois, le réseau en trois ans.

DE 1 À 20 MW, DES MARCHÉS DIFFÉRENTS

À 1 ou 2 MW, la question est locale : un hébergeur régional, une entreprise ou une collectivité qui cherche un second site. Entre 3 et 8 MW, une salle de colocation peut ouvrir avec un premier client, puis grandir. Entre 10 et 20 MW, un client de calcul intensif peut occuper l'essentiel du site, avec des besoins de refroidissement que la halle ne permet pas toujours. Ces projets se raccordent souvent au réseau d'Enedis : voir le raccordement chez Enedis.

CE QUE NOUS FAISONS

Pour un industriel qui ferme ou vend, un repreneur ou une collectivité qui porte une friche : nous relisons les documents de raccordement, préparons les questions au gestionnaire de réseau, évaluons ce que les mégawatts annoncés valent réellement pour un data center, et listons les coûts de reconversion à chiffrer. Voir vendre ou louer son terrain à un data center et nos missions types.

Qui intervient. Xavier Watrelos, ingénieur haute tension qui a conduit des raccordements industriels, avec un expert foncier et urbanisme de notre réseau. Notre engagement est une obligation de moyens : seuls RTE et Enedis s'engagent sur une puissance et une date.

Sources : délibération de la CRE n° 2024-229 (règle annuelle des 125 %) ; Le Guide : Data Center, « Et si la prochaine opportunité française se jouait sur des friches de 1 à 20 MW ? », 2 novembre 2026, s'appuyant sur la DGE, Enedis, le Cerema et la MRAe Provence-Alpes-Côte d'Azur.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Une usine qui disposait de 10 MW peut-elle accueillir un data center de 10 MW ?

Pas forcément. La plaque d'un transformateur et la pointe passée de l'usine ne garantissent ni la puissance disponible aujourd'hui, ni la puissance informatique. Il faut une confirmation écrite du gestionnaire de réseau, puis un dimensionnement avec le PUE et la redondance.

Que devient la puissance de raccordement d'une usine fermée ?

Depuis août 2025, la puissance de raccordement d'un site raccordé depuis au moins cinq ans est ramenée chaque année à 125 % du maximum consommé sur cinq ans. Un site à l'arrêt voit donc sa puissance diminuer avec le temps, sans compter la résiliation des contrats.

Quand faut-il interroger le gestionnaire de réseau ?

Le plus tôt possible, idéalement avant la fermeture, avec l'autorisation écrite de l'industriel. C'est à ce moment que les documents et les contrats sont encore disponibles.