« Refroidissement naturel », « zéro eau », PUE proche de 1 : l'eau d'une carrière, d'une mine ou d'une nappe peu profonde fait partie des arguments les plus séduisants d'un projet souterrain. Elle peut réellement réduire la facture de froid. Mais c'est aussi l'argument le plus souvent présenté trop vite, et celui que les habitants et les services de l'État examinent de plus près.
VOTRE SITUATION RESSEMBLE À L'UNE DE CELLES-CI ?
1. TROIS EXEMPLES QUI FONCTIONNENT
Arras. Le data center Décima, installé en 2014 dans une poudrière de la citadelle, puise une eau à 40 m de profondeur, autour de 10 à 11 °C. Elle passe dans des échangeurs puis est rejetée en aval à 17 °C au plus. Une pompe à chaleur récupère une partie de la chaleur pour les bureaux voisins, et l'air extérieur prend le relais quand il fait moins de 7 °C.
Lefdal, Norvège. L'ancienne mine d'olivine est refroidie par l'eau d'un fjord de 565 m de profondeur. Le site étant sous le niveau de la mer, il n'a pas besoin de pompes puissantes pour remonter l'eau. ABB annonce un PUE de 1,08 à 1,15 pour des baies de 5 kW.
Iron Mountain, Pennsylvanie. Le site WPA-1, dans une ancienne mine de calcaire, utilise un réservoir d'eau souterrain d'une quarantaine d'hectares.
Point commun : une ressource abondante, connue et mesurée, intégrée dans une installation dimensionnée pour le pire cas. Aucun de ces sites ne repose sur un simple bassin.
2. CE QU'IL FAUT VÉRIFIER
La ressource réelle. Un plan d'eau ou une nappe est un réservoir thermique limité. Son volume, son renouvellement et sa température en été et en année sèche décident de la puissance qu'il peut absorber. Une étude hydrogéologique et un bilan thermique sur plusieurs années sont nécessaires, surtout pour plusieurs mégawatts.
Le type de circuit. Trois situations très différentes se cachent derrière le mot « eau » :
Prélèvement et rejet : l'eau est puisée puis restituée plus chaude, avec des contraintes de température et de qualité
Refroidissement par évaporation : il peut consommer des volumes importants, surtout en été
Le régime réglementaire. Un forage, un prélèvement dans une nappe ou un rejet d'eau réchauffée peuvent relever de la loi sur l'eau, par déclaration ou autorisation selon les volumes et le milieu. Un échange de chaleur avec le sous-sol relève aussi du code minier, avec un régime allégé pour la géothermie de faible profondeur et de faible puissance. Ces démarches ont leurs propres délais, à intégrer au calendrier.
La chaleur, elle, ne disparaît pas. Le sous-sol aide à l'évacuer, il ne la supprime pas. Une galerie mal ventilée peut même accumuler la chaleur. Et pour les data centers de plus de 1 MW, une analyse coûts-avantages de la valorisation de la chaleur fatale est désormais obligatoire : voir chaleur fatale et réseaux de chaleur.
3. LES PROMESSES À MANIER AVEC PRÉCAUTION
« Zéro eau » peut être exact pour le refroidissement des serveurs, sans l'être pour l'ensemble du site. Un PUE annoncé de 1,0, comme pour le projet BigNuage, est un objectif théorique que la presse spécialisée elle-même juge hors d'atteinte. Face à des riverains inquiets, une promesse non tenue coûte plus cher qu'un chiffre prudent. Mieux vaut publier des indicateurs vérifiables : volumes prélevés, températures de rejet, PUE mesuré.
4. LA MÉTHODE
Mesurer la ressource avant de dimensionner, comparer au moins deux scénarios (eau et refroidissement par air), identifier tôt le régime réglementaire applicable, et prévoir un secours qui ne dépend pas de l'eau. C'est ce que vérifie notre expert énergie, en lien avec le diagnostic d'ensemble d'une carrière ou d'une mine.
Sources : Techniques de l'Ingénieur (5 mai 2026) ; Réseau des sites majeurs Vauban ; ABB, communiqué sur Lefdal Mine Datacenter ; Iron Mountain, fiche WPA-1 ; DatacenterDynamics (4 mars 2026) et Clubic (18 mai 2026) sur BigNuage ; code de l'environnement, articles L. 214-1 et R. 214-1 (nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités) ; code minier (géothermie). Les chiffres cités sont ceux publiés par les exploitants ou la presse spécialisée ; ils n'ont pas été vérifiés sur site par GridReadiness. Cet article est une information générale, pas un avis juridique.
QUESTIONS FRÉQUENTES
Peut-on refroidir un data center avec l'eau d'une carrière ?
Oui, si la ressource est suffisante, renouvelée et mesurée, et si le prélèvement et le rejet respectent les règles applicables. Le gain dépend d'un bilan thermique sur plusieurs années, y compris en été et en année sèche.
Faut-il une autorisation pour prélever de l'eau pour refroidir un data center ?
Selon les volumes et le milieu, un forage, un prélèvement ou un rejet d'eau réchauffée peut relever d'une déclaration ou d'une autorisation au titre de la loi sur l'eau. L'échange de chaleur avec le sous-sol relève aussi du code minier.
Un data center refroidi à l'eau consomme-t-il de l'eau ?
Cela dépend du circuit : un circuit fermé consomme peu, un système qui prélève et restitue rejette une eau plus chaude, et un refroidissement par évaporation peut consommer des volumes importants.
Un PUE de 1,0 est-il possible ?
Non en pratique : un PUE de 1,0 signifierait qu'aucune énergie n'est consommée en dehors des serveurs. À titre de repère, Lefdal, refroidi par l'eau d'un fjord, annonce entre 1,08 et 1,15.
