En mai 2026, lors d'un webinaire de L'Institut Paris Region consacré à la question énergétique des data centers, RTE a présenté l'état des projets de raccordement « consommateurs » en Île-de-France au premier trimestre 2026. Le chiffre clé tient en deux mots : 7 GW. C'est la puissance des projets en cours de raccordement dans la région, soit environ la moitié de la consommation de toute l'Île-de-France à la pointe. Et 97,5 % de la puissance contractualisée concerne des data centers.
L'ENTONNOIR DU RACCORDEMENT, CHIFFRE PAR CHIFFRE
| Étape | Puissance | Projets |
|---|---|---|
| Études exploratoires en cours d'instruction | environ 7 GW | 114 |
| Demandes de proposition technique et financière (PTF) | environ 7 GW | 32 |
| PTF acceptées, projets en file d'attente | 5,8 GW | 47, dont 38 data centers ; 1,1 GW en procédure accélérée |
| Conventions de raccordement signées | 1,2 GW | 12, dont 9 data centers |
| Data centers en service | 640 MW | 6 clients, moins de 20 % de la puissance consommée |
Source : RTE, présentation au webinaire de L'Institut Paris Region, mai 2026, données du premier trimestre 2026.
CE QUE CES CHIFFRES DISENT
Beaucoup de projets n'iront pas au bout. L'entonnoir passe de 114 études exploratoires à 12 conventions signées. Une étude exploratoire ou même une PTF acceptée ne garantit ni la puissance ni le calendrier. Le vrai marqueur est la convention de raccordement : voir quel document sécurise réellement un site.
La capacité réservée n'est pas la capacité utilisée. Les data centers déjà en service consomment moins de 20 % de la puissance souscrite. C'est l'un des motifs de la réforme de la file d'attente, et un point à surveiller pour un investisseur : pour les conventions récentes, RTE peut réduire la capacité d'un site qui consomme durablement moins que prévu.
Les data centers sont quasiment seuls dans la file. Avec 97,5 % de la puissance contractualisée, ils pèsent directement sur la planification du réseau francilien, au moment où d'autres usages (électrification des transports, de l'industrie, du chauffage) ont aussi besoin de capacité.
LES RÉPONSES DE RTE
Renforcer l'alimentation de la région. RTE prévoit deux renforcements du réseau 400 kV en amont de l'Île-de-France.
Mutualiser au sud-est de Paris. Une zone d'accueil mutualisée, validée par la CRE en mai 2025, doit anticiper le développement des data centers et répartir le coût des ouvrages entre les porteurs de projets. Voir notre article sur la mutualisation du raccordement.
Les sites en procédure accélérée. Selon RTE, 3,1 GW sont déjà réservés par l'État sur quatre sites, dont deux en Île-de-France. Voir les sites « fast track ».
« Premier prêt, premier servi ». RTE fait évoluer le cadre du raccordement pour donner la priorité aux projets les plus avancés et éviter les listes d'attente administratives. La consultation publique sur la refonte s'est terminée le 20 mars 2026.
RTE participe aussi aux instances régionales, dont la cellule régionale d'accueil des data centers.
LE CONTEXTE RÉGIONAL
Selon l'Observatoire des data centers de L'Institut Paris Region (juin 2026), la région compte 213 data centers sur 139 sites : 159 en exploitation, 21 en construction, 8 programmés, 19 en instruction et 14 à l'étude. Les implantations quittent la petite couronne pour la grande couronne, avec des projets de plus de 10 hectares et de 50 à 100 MW. L'Essonne monte en puissance, notamment grâce à la proximité de la couronne 400 kV de RTE. Selon Choose Paris Region, l'Île-de-France concentre 70 % de la puissance installée et en projet des data centers en France.
En juin 2026, la Région a adopté une stratégie dédiée, qui privilégie les projets performants sur l'énergie, l'eau et la chaleur fatale, implantés sur des friches ou des zones d'activité existantes, et créateurs de valeur locale. Ces critères s'ajoutent à la contrainte de raccordement ; ils ne la remplacent pas.
CE QUE ÇA CHANGE POUR UN PORTEUR DE PROJET OU UN INVESTISSEUR
Quelles preuves de maturité pourra-t-il montrer : foncier, autorisations, financement, calendrier ?
La puissance réservée sera-t-elle réellement utilisée, et à quel rythme ?
Le site est-il dans une zone renforcée ou mutualisée, et à quel coût ?
Le projet répond-il aux critères régionaux : eau, chaleur, foncier, valeur locale ?
Avec la règle du « premier prêt, premier servi », la maturité d'un dossier devient un actif à part entière. C'est le rôle de notre Readiness Manager, et un point clé de nos due diligences pour les financeurs. Pour les chiffres nationaux, voir notre rapport mensuel.
Sources : présentation de RTE (direction des affaires publiques Île-de-France) au webinaire n° 2 « Électricité sous tension : la question énergétique des data centers » de L'Institut Paris Region, mai 2026, données du premier trimestre 2026 ; Observatoire des data centers en Île-de-France, L'Institut Paris Region, 30 juin 2026 ; Choose Paris Region, 1er octobre 2026 ; Commission de régulation de l'énergie. Les chiffres de RTE sont cités, la présentation elle-même n'est pas reproduite.
QUESTIONS FRÉQUENTES
Combien de projets attendent un raccordement en Île-de-France ?
Selon RTE, environ 7 GW de projets étaient en cours de raccordement au premier trimestre 2026, dont 97,5 % de la puissance contractualisée pour des data centers.
Les data centers franciliens utilisent-ils toute leur puissance ?
Non. Les data centers déjà en service consomment moins de 20 % de la puissance souscrite, selon RTE.
Qu'est-ce que le « premier prêt, premier servi » ?
Une évolution du cadre de raccordement voulue par RTE pour donner la priorité aux projets les plus avancés plutôt qu'aux premiers inscrits, afin d'éviter les listes d'attente administratives.