Le 21 septembre 2026, la Commission européenne a adopté un système commun de notation des data centers. Chaque site recevra deux lettres de A à G, l'une pour l'efficacité énergétique, l'autre pour la consommation d'eau. Présentée comme une « étiquette énergie » des data centers, la mesure ne crée ni interdiction ni obligation de travaux. Mais elle rend les sites publiquement comparables, et elle prépare le terrain à des performances minimales obligatoires.

Pour les porteurs de projets comme pour leurs financeurs, c'est un changement plus important qu'il n'y paraît.

CE QUE PRÉVOIT LE TEXTE

Il s'agit d'un règlement délégué, référencé C(2026) 3472, qui complète la directive (UE) 2023/1791 relative à l'efficacité énergétique. Il s'appuie sur les données que les data centers d'au moins 500 kW de puissance informatique déclarent déjà chaque année dans la base européenne. La note est calculée automatiquement à partir de ces déclarations.

ClasseÉnergie (PUE)Eau (WUE, litres par kWh informatique)
A≤ 1,15≤ 0,1
B1,15 à 1,250,1 à 0,2
C1,25 à 1,350,2 à 0,4
D1,35 à 1,50,4 à 0,6
E1,5 à 1,70,6 à 0,8
F1,7 à 1,90,8 à 1,0
G> 1,9> 1,0

Source : annexe I du règlement délégué C(2026) 3472 de la Commission européenne, 21 septembre 2026. Le WUE porte sur l'eau douce entrant dans le site.

L'étiquette affichera aussi :

Au-delà des deux lettres L'origine de l'électricité : renouvelable ou nucléaire, produite sur site, achetée par contrat de long terme ou couverte par des garanties d'origine
La part d'électricité achetée à des installations récentes ou rénovées depuis moins de 10 ans
Si le site offre de la flexibilité au réseau : oui ou non
S'il est équipé pour céder sa chaleur fatale : oui ou non
Un indicateur climatique du lieu, qui ne modifie pas les lettres

Les volumes consommés, en énergie comme en eau, restent confidentiels.

LE CALENDRIER

Le Parlement européen et le Conseil peuvent encore s'opposer au texte, mais pas le modifier. En parallèle, la Commission a ouvert une consultation sur des performances minimales obligatoires pour les data centers neufs ou rénovés (énergie, eau, chaleur fatale, services au réseau), qui se termine le 14 décembre 2026. Une proposition législative est annoncée pour le deuxième trimestre 2027. La notation servira aussi de référence dans d'autres textes européens, dont le futur règlement sur le cloud et l'IA.

CE QUE ÇA CHANGE POUR L'ACCEPTABILITÉ

Jusqu'ici, un porteur de projet pouvait rester général sur l'eau et l'énergie. Avec une lettre publique et comparable, ce ne sera plus possible. Une note E, F ou G deviendra un argument tout trouvé pour les opposants, et sera citée dans les réunions publiques comme dans la presse régionale. À l'inverse, une note A ou B, surtout sur l'eau, deviendra l'un des arguments les plus solides d'un dossier de concertation.

C'est la logique que nous défendons dans notre méthode de gestion de crise data center : répondre avec des chiffres vérifiables. L'Europe va désormais les rendre visibles pour tout le monde. Voir aussi les 7 leviers de l'acceptabilité sociale.

CE QUE ÇA CHANGE POUR LES FINANCEURS

Un nouveau point de due diligence. La conception d'un projet, notamment son système de refroidissement, détermine largement ses futures lettres. Un site conçu aujourd'hui pour une note médiocre risque de devoir être modernisé si des performances minimales deviennent obligatoires à partir de 2027. Pour un prêteur, c'est un risque de dépenses supplémentaires, voire de dépréciation de l'actif.

Des arbitrages à comprendre. Économiser l'eau coûte souvent de l'électricité, et inversement. Et la note ne tient pas compte du climat : un site dans le sud de la France sera plus exposé qu'un site dans le nord de l'Europe. Ces arbitrages doivent être faits en connaissance de cause, dès la conception.

Un avantage français. L'étiquette distingue explicitement l'électricité nucléaire parmi les sources bas carbone. Pour des sites alimentés par le réseau français, c'est un point favorable dans la présentation de l'origine de l'électricité.

La flexibilité réseau devient visible. La case « flexibilité au réseau » rejoint directement la question du raccordement : un site capable de moduler sa consommation est un meilleur voisin pour le gestionnaire de réseau.

LES QUESTIONS À POSER SUR UN PROJET

Avant d'investir ou de prêter Quelles classes PUE et WUE le projet vise-t-il en conception, et avec quelle marge ?
Quelle technologie de refroidissement, et quel arbitrage entre eau et électricité ?
Le site est-il prêt à céder sa chaleur, et existe-t-il un débouché à proximité ?
Peut-il offrir de la flexibilité au réseau ?
Que deviendrait le projet si des seuils minimaux étaient imposés en 2027 ?

Ces questions font désormais partie de notre due diligence pour les financeurs.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Qu'est-ce que l'étiquette A à G des data centers ?

Un système commun de notation adopté par la Commission européenne le 21 septembre 2026. Chaque data center d'au moins 500 kW reçoit une lettre pour l'efficacité énergétique (PUE) et une pour la consommation d'eau (WUE), calculées à partir des données qu'il déclare déjà.

L'étiquette entraîne-t-elle des obligations ?

Pas directement : ni interdiction, ni travaux obligatoires. Mais la Commission consulte jusqu'au 14 décembre 2026 sur des performances minimales obligatoires, avec une proposition législative annoncée pour le deuxième trimestre 2027.

Que faut-il pour obtenir la note A en énergie ?

Un PUE inférieur ou égal à 1,15. La note G correspond à un PUE supérieur à 1,9.

Pourquoi les financeurs doivent-ils s'y intéresser ?

Parce que la conception d'un projet détermine ses futures notes, et qu'un site mal noté pourrait devoir être modernisé si des seuils minimaux deviennent obligatoires.